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Musée de la literie

L’histoire du matelas comme pièce de décoration

Dans son Dictionnaire de l’ameublement et de la décoration : depuis le XIIIe siècle jusqu’à nos jours, Henry Havard n’aborde pas seulement le concept du matelas d’un point de vue du lit mais aussi le matelas pour du mobilier.

Jusqu’à présent nous n’avons parlé que des matelas destinés au lit.

Au siècle dernier, on en confectionna pour nombre d’autres meubles : « II y a des matelas pour les fauteuils, pour les carrosses et pour les lits, et la mollesse est assez ingénieuse pour se procurer les meilleurs, sans qu’il soit besoin de les indiquer », écrit un auteur de ce temps. (Dictionnaire critique, pittoresque, etc.;Lyon, 1768.)

Il va sans dire que les matelas de bergères, de sophas et de canapés étaient fort différents de ceux employés dans la literie.

Tout d’abord, ils n’étaient garnis que très exceptionnellement en laine, à l’intérieur, et seulement quand le siège auquel ils s’adaptaient était exposé à servir de lit.

Par contre, ils étaient souvent de plume et quelquefois de crin.

En outre, ils n’étaient pas piqués, mais pouvaient se brasser comme on fait des paillasses et des lits de plume.

Enfin, ils étaient généralement couverts, sur une de leurs faces et sur un de leurs bords, d’étoffe assortissant à celle du dossier et sur l’autre face, ainsi que sur les trois autres bords, de toile plus ou moins forte et assez grossière.

L’apparition de ces matelas dans notre mobilier coïncide exactement avec l’entrée en scène du canapé on du sopha, et le premier que nous rencontrons figure dans l’Inventaire du maréchal d’Humières (Lille, 1694) : « Un canapé, le bois garni de matelas, et un matelat de laine et traversin de plumes au-dessus, couvert de damas caffart. »

Au XVIIIe siècle, ils apparaissent en abondance.

Comme exemple, nous citerons :

« Un canapé de six pieds de long à joues reculées, couvert en plein de gros de Tours à ramages, enrichi d’ornemens de différents taffetas… avec son matelas couvert de deux côtés du même gros de Tours, et garny d’un côté seulement des dits ornemens. » (Invent. général des meubles de la Couronne, 1732.)

« Plus un canapé, avec son matelas et son coussin couvert de damas à fleurs, doré, estimé trante-six livres. » (Invent. des meubles de messire Nicolas-Alexandre de Ségur; Bordeaux, 1755.)

« Un canapé à deux dossiers, garni de peluche et de tapisserie à petits points, deux traversiers, deux matelas ; le premier garni comme te canapé, le second garni sur les bords de plûche (sic), le milieu de toile à matelas, le tout estimé trente livres. » (Invent. du château d’Amilly, 1765.)

« Une Bergère à pieds de biche, peinte en gris, garnie et Couverte de satinadè, avec son matelas.de même étoffe, et le coussin de même garni de crin. » (Invent. de Jean Salva; Marseille, 1790.)

Enfin, terminons par un meuble à là fois superbe et tristement historique. Nous voulons parler du « grand canapé avec son matelas, 2 rondins et 2 carreaux, couverts de brocart, galons et broderies… avec cordons en or, le bois sculpté et doré », compris dans l’Inventaire des meubles de la famille royale dressé en 1792.

Ce meuble, estimé 10,600 livres, était un des ornements de la chambre à coucher de Marie-Antoinette, à Versailles.

Aujourd’hui, les garnitures élastiques ont remplacé avec avantage les matelas des bergères et des canapés, qui nous ont dit un adieu probablement éternel.

Matelasser, v. a, — Rembourrer, garnir de laine, de façon que la surface matelassée, soit aussi élastique qu’un matelas. On matelasse les meubles pour qu’en se frappant contre eux, les enfants ou les personnes malades ne se blessent point. Parmi les fournitures de tapisserie -faites au jeune Dauphin, fils de Louis XV,’ nous relevons l’article suivant : ce Avoir garni le berceau, de 4 pieds 8 pouces de long sur 28 pouces de large, te dedans matelassé de laine, l’arche et le dossier matelassé idem, couvert de damas vert orné de galon d’or à clouer, et doux dorés. » (Invent, général des meubles de la Couronne.) On matelasse aussi les murs des chambres,, des appartements. M » 10 de Genlis raconte dans ses Mémoires (t. IX, p. 318) que le duc de Montpensier était d’une si grande faiblesse, qu’à quatre ans il tétait, encore, et qu’il n’avait jamais marché sans être tenu par ses lisières : ce Ce qui me paraît d’autant plus singulier, ajoute cette dame, qu’il est dans un appartement matelassé, où il pourrait se heurter et tomber sans se faire le moindre mal. » Le fait signalé par M » 10 de Genlis constituait, si nous en croyons Dufort de Cheverny, une mesure généralement adoptée pour les jeunes princes. On lit, en effet, dans ses Mémoires (t. Ie », p. 309) :.« Jusqu’à ce que les enfans de la famille Royale aient atteint douze ans, les pièces qu’ils habitent, telles que la chambre à coucher, le cabinet de travail et le salon, sont étayées. Les étais et les boiseries tout autour sont matelassées à hauteur d’homme, afin qu’en jouant ils ne puissent se blesser. Ces appartements, garnis de tapis de la Savonnerie ou des Gobelins, très épais, les préservent de tout danger de ce côté-là. »

De nos jours, on ne matelasse plus guère que tes volets pour empêcher tes bruits de la rue de parvenir dans tes appartements. Cette précaution date vraisemblablement du milieu du siècle dernier, car nous relevons, dans une vente après décès, du 18 mars 1765, des ce contrevents brisés et matelassés pour 5 croisées ».