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title: "Matelassier du faubourg : Épisode 4"
url: https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-4/
description: "C'est l'histoire d'un artisan parisien et plus généralement du tissu de fabricants de literies traditionnelles à Paris. Épisode 4 !"
lang: fr-FR
updated: 2026-10-07
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  en: https://le-briand.fr/en/museum/mattress-maker-chronicle/episode-4/
source: https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-4.md
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# Matelassier du faubourg : Épisode 4

Date de publication : 7 mars 2020

Date de mise à jour : 1 octobre 2023

Auteur : Patrice Sébille

![Photographie ancienne d’une boutique de literie parisienne, une famille posant sur le seuil](https://img.le-briand.fr/uploads/2026/10/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-4-sans-filigrane.jpg)

L’établissement s’appelait le Jean Bart, longtemps café-tabac, devenu quelques années depuis simple café.

À l’époque, c’était sept ou huit ans en arrière, le nouveau gérant avait tout simplement arrêté la vente de cigarettes. Ça aura éloigné pas mal d’ivrognes et d’enquiquineurs, se justifiait-il. Et effectivement, la première fois que j’y étais entré, une certaine quiétude m’avait séduit.

Au tout début de mes ennuis, ceux-là même qui furent suivis de la perte de mon emploi, par excès d’optimisme, j’avais la certitude que ça ne durerait que le temps d’un soupir. **Aussi l’avais-je caché à mes gosses**.

Alors, après, bien que les choses se soient plus durablement installées, il m’était impossible de faire marche arrière. Si bien que la comédie continuait : dans la journée, pour tout le monde, j’étais au travail.

**Une difficulté imprévue survint**, qui découlait directement de ce mensonge. Des tonnes et des tonnes de dossiers, paperasses en tout genre, qu’il me fallait trouver, constituer, étudier, remplir… et je n’avais tout simplement aucun bureau.

Du fait de la longueur d’une journée à l’école primaire, revenir à la maison était illusoire, et le bureau de Jacques était encore le sien. Un jour, nécessité fait loi, **je m’étais installé dans le premier bistro venu**.

Jusque-là, je n’aimais pas les cafés, et ne les fréquentais que contraint. Et celui-ci tenait bien ses promesses, sale, puant le tabac froid, éclairage blafard. Je n’arrivais même pas à me concentrer.

Le lendemain je changeais de crémerie, en vain, jusqu’à ce que le hasard me fit un jour tourner à gauche en sortant de l’impasse, plutôt qu’à droite. J’avais trouvé mon « annexe », c’était le Jean Bart.

« L’annexe », dans la grande majorité des professions manuelles, c’était une chose d’importance. Mais **au faubourg Saint-Antoine**, il semble que ça l’ait été plus encore qu’ailleurs.

D’après le souvenir des anciens, et ce serait confirmé par les archives, **il y avait une telle multitude de cafés**, tout au long de la rue de Montreuil, qu’on les comptait par dizaine depuis la cité de l’ameublement jusqu’au métro. Il faut dire aussi que la clientèle était à l’avenant.

Dans l’immédiat après seconde guerre mondiale, **la cité de l’Ameublement abritait plus de deux mille artisans parisiens ou salariés**. En fin d’après-midi, à l’heure de la fin du boulot, c’était comme dans le film des frères Lumière : un flot ininterrompu.

Au fil du temps, je prenais mes aises. Insensiblement, ma fréquentation du Jean Bart, devint régulière : elle s’était totalement décorrélée du besoin de disposer d’une table et d’une chaise pour pouvoir écrire.

Avec certains autres habitués, qui eux fréquentaient l’établissement de bien plus longue date, **des accointances se manifestèrent**. Timidement au début, pour petit à petit me voir être admis au sein même de cette société informelle qui tous les matins se retrouvait face au zinc pour prendre un « petit noir » .

Au-delà du plaisir, du rituel des retrouvailles matinales et quotidiennes, c’était aussi un réseau d’entraide. Des maintes **difficultés que j’avais à appréhender** sérieusement pour me préparer à mon futur métier de chef d’entreprise, nombreuses ont été celles qui **furent aplanies par l’un ou l’autre d’entre eux**.

**Il y avait d’autres artisans** parisiens : ébénistes, tapissiers, vernisseuses… mais aussi un comptable, un avocat, des commerçants, des cadres. Leurs **avis ou conseils variés**, parfois franchement contradictoires, nécessitaient quelques efforts de discernement, faire le bon tri, mais malgré tout, c’était là **un lieu de soutien appréciable et efficace**.

Pendant des semaines, par timidité je suis resté à l’écart. Je profitais de la joyeuse ambiance, mais n’y participais pas directement. Un jour, sans que rien ne le laisse présager, **on m’avait adressé la parole**, explicitement, me prenant à témoin, ou sollicitant un avis, je ne me souviens plus très bien.

Le lendemain, on m’avait serré la main dès mon entrée : j’étais adopté. Désormais, je n’allais plus au « Jean Bart », mais chez « Thierry », le prénom du patron.

Chez Thierry, on y mangeait aussi. Tôt dans la matinée, il s’éclipsait sur son vélo et allait faire le marché : que du frais.

Dans la cuisine, Luisa oeuvrait **comme une mère de famille** qui doit nourrir son monde avec ce qu’elle a sous la main. D’origine espagnole, elle cuisinait **comme à la maison**, et nous nous en régalions : au menu, un plat du jour, point.

La société du midi n’était pas strictement identique à celle du matin.

D’abord, selon les goûts et les dégoûts des uns ou des autres, selon le menu du jour, selon l’humeur… il y avait des défections, du turn-over. Ensuite, certains habitués du matin étaient des voisins qui prenaient leur p’tit noir avant d’aller bosser, eux, il y avait peu de chance de les voir là un midi, alors qu’en fin d’après-midi…

La réalité objective de tout ça, ne se révéla à mes propres yeux que bien longtemps après : **pour la première fois de ma vie j’avais des copains de bistrot**… Peut-être le passage obligé pour être un authentique **artisan parisien du faubourg**.

## Les autres épisodes du feuilleton

![Photographie ancienne : matelassiers cardant la laine dans une cour, devant des matelas à rayures](https://img.le-briand.fr/uploads/2020/03/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-5.jpg)

### Épisode 5

Reprendre une entreprise, ce n’est pas seulement faire un chèque. Stage obligatoire, registre des métiers, formulaires en cascade : en 1999, devenir patron tient du parcours du combattant. Fin novembre, à l’aube d’un nouveau millénaire, il s’apprête à bouleverser sa vie.

[Lire l’épisode 5](https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-5/)

![Photographie ancienne : une matelassière au travail dans une cour pavée, un matelas tendu sur son cadre](https://img.le-briand.fr/uploads/2026/10/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-6-sans-bord.jpg)

### Épisode 6

Tout est prêt pour le 1er janvier 2000, sauf le crédit, qui n’arrive pas. Le premier lundi de l’an 2000, il se retrouve à la tête d’un atelier clandestin. Et quand la banque change ses conditions au dernier moment, il réunit la somme en famille, en à peine plus de 24 heures.

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![Carte postale ancienne : matelassiers sur les quais de la Seine à Paris](https://img.le-briand.fr/uploads/2026/10/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-7-sans-filigrane.jpg)

### Épisode 7

Il avait posé sur le matelas de laine un regard d’ingénieur, séduit par l’ingéniosité des gestes. Un grand lit fabriqué pour sa femme et offert au pied du sapin lui révèle autre chose : ce métier fournit du bien-être. Seul aux commandes, il mesure tout ce qu’il lui reste à apprendre.

[Lire l’épisode 7](https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-7/)

![Photographie ancienne : matelassiers au travail dans une rue de Paris, près d’un tas de laine](https://img.le-briand.fr/uploads/2020/03/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-8.jpg)

### Épisode 8

Certains de ses clients tapissiers ont passé l’âge de la retraite et regrettent le faubourg grouillant de leur jeunesse. En les côtoyant, il découvre des artisans qui n’attendent pas la retraite, restent vifs et fêtent son arrivée comme celle d’un jeune. Mais, depuis, le moule s’est cassé.

[Lire l’épisode 8](https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-8/)

![Photographie ancienne : matelassiers au travail sur un quai de Paris, au pied d’un escalier de pierre, la laine étalée au sol](https://img.le-briand.fr/uploads/2020/03/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-1-1.jpg)

### Épisode 1

Raconter l’histoire de la maison Le Briand, fondée en 1880, et la sienne à la tête de l’atelier : Patrice Sébille s’y était engagé, sur le modèle des feuilletons de La Fabrique de l’Histoire. Restait à savoir par où commencer. Ce sera par un licenciement, en 1998.

[Lire l’épisode 1](https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-1/)

![Carte postale ancienne du passage Vandamme à Paris : un matelas posé sur des tréteaux devant une palissade](https://img.le-briand.fr/uploads/2020/03/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-2.jpg)

### Épisode 2

Sans emploi, il prête main-forte à son frère, qui transforme un atelier du faubourg Saint-Antoine en appartement. À l’étage du dessous tourne à plein régime un matelassier rentable, promis pourtant à la fermeture faute de repreneur. Et si quelqu’un faisait quelque chose pour l’empêcher ?

[Lire l’épisode 2](https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-2/)

![Photographie ancienne d’un atelier voûté : une religieuse et des ouvrières devant des piles de matelas](https://img.le-briand.fr/uploads/2020/03/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-3.jpg)

### Épisode 3

Échaudé par deux successions manquées, Jacques Le Briand accepte de le juger sur pièces. Premier jour à l’atelier, en septembre 1999 : le débutant est lent, désespérément lent. Dans son entourage, chacun le voit pourtant déjà en sauveur d’une maison plus que centenaire.

[Lire l’épisode 3](https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-3/)

Le faubourg des deux mille artisans a fondu, mais un atelier de matelassier y travaille toujours ; nous vous invitons à :

[Nous contacter](https://le-briand.fr/contact-artisan-matelassier/)

[Nous rendre visite](https://le-briand.fr/adresse-artisan-matelassier/)

…et nous serons ravis de vous accueillir dans le quartier même où se tenaient ces comptoirs d’artisans.
