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title: "Une maison de literie à Paris : épisode 3 - Les Ateliers Le Briand"
url: https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-3/
description: "C'est l'histoire d'une maison de literie traditionnelle à Paris et du tissu de fabricants de literies traditionnelles du faubourg parisien. Épisode 3 !"
lang: fr-FR
updated: 2026-10-07
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  en: https://le-briand.fr/en/museum/mattress-maker-chronicle/episode-3/
source: https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-3.md
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# Matelassier du faubourg – Épisode 3

Date de publication : 7 mars 2020

Date de mise à jour : 21 août 2023

Auteur : Patrice Sébille

![Photographie ancienne d’un atelier voûté : une religieuse et des ouvrières devant des piles de matelas](https://img.le-briand.fr/uploads/2020/03/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-3.jpg)

Jacques Le Briand **n’avait pas particulièrement bien accueilli ma proposition de vouloir lui succéder** à la tête de la maison de literie traditionnelle Le Briand. D’un « j’ai déjà présenté deux successeurs à mes clients, ça ira comme ça », il m’avait renvoyé dans les cordes.

Il m’avait déjà raconté l’histoire, et je comprenais sa mauvaise humeur. La certitude qu’un employé entré dans la maison de literie traditionnelle à 18 ans à peine serait son successeur l’habitait depuis toujours

Mais au moment d’en venir aux choses concrètes, parler gros sous, le ton était monté, monté… Ils étaient depuis assez fâchés. Ensuite, il avait embauché quelqu’un pensant à lui comme nouveau successeur, mais nouvel échec.

Le bonhomme était donc devenu méfiant. Pourtant il avait fini par m’entendre et me proposa un moyen terme : **je viendrais travailler avec lui, et il jugerait sur pièces**.

C’était **au mois d’avril 1999**, il fut convenu d’attendre le retour des congés, et je voyais tout se goupiller merveilleusement bien. Une employée enceinte partait en congé maternité je la remplacerais sans coûter un sou, et moi, j’avais encore le temps de finir les travaux de l’appartement avec le frangin.

Ainsi, au matin du **premier lundi de septembre 1999 j’embauchais pour mon premier jour**.

À peu près au même moment [Emmanuel Laurentin](https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Laurentin) devait être en train d’installer son émission sur les ondes, et **tous les deux nous ne disposions que de peu de temps pour faire nos preuves**: si ça ne marchait pas du premier coup, on me reconduirait vite vers la porte de sortie.

Alors je mis des bouchées doubles. Mais malgré **une motivation** et **une concentration** dont je pouvais dire qu’elles étaient exceptionnelles, tant **je me surprenais moi-même** d’en être capable, et surtout de m’y tenir, je restais **ce débutant encore maladroit et trop lent**.

D’une lenteur… J’avais beau mobiliser jusqu’à la dernière cellule de mon corps, ne plus lever un seul regard vers l’horloge pour ne me concentrer que sur chaque détail de chacun de mes gestes, las, ça me prenait toujours trois plombes de trop. Désespérant !

Heureusement **il y avait les amis pour m’encourager**. Au courant de mes déboires professionnels, ils prenaient des nouvelles chaque fois que possible.

Ainsi, lorsqu’au cours d’une soirée on me demandait : « et alors, qu’est-ce que tu deviens » ; et que j’expliquais mon projet, je voyais les regards s’illuminer. Et plus particulièrement ceux des amis d’amis d’amis, ceux que je ne connaissais pas, et qui ne me connaissaient pas : « Ha ! ».

Tous ceux qui travaillent de leurs mains, et qui par un phénomène de rareté ont vu brutalement leur apostolat passer du prolétariat au métier d’art savent de quoi en retourne : **l’admiration de tous ceux qui imaginent que ça doit être un bonheur que de pouvoir créer avec ses propres mains**, n’a plus de borne. Ce n’avait pas été ma motivation mais le fait est que par ma future et encore hypothétique profession de matelassier – litier **je passais pour exceptionnel**.

Et puis, si ça n’avait pas suffi, par ma simple démarche, chacun saluait le fait que je sauvais **une maison de literie traditionnelle plus que centenaire de la disparition**, un patrimoine, **que je travaillais à réduire le chômage en France**, que je luttais **contre la désindustrialisation**, que je devenais porteur des valeurs dominantes de la société : je prenais des risques, j’entreprenais, j’investissais; participer activement à l’économie…

Imaginez la scène, dans un film de guerre, c’est la nuit, terrés au fond d’une tranchée ou d’un trou d’obus, un groupe de soldats exténués doit repartir à l’assaut. Lentement, la caméra passe d’un visage à l’autre, on y lit la fatigue, la peur. Enfin, la caméra arrive sur le visage de celui qu’on sait être le héros du film. On le voit tout autant que ses camarades exténué, terrifié.

La caméra insiste, puis par un mouvement elle se transforme en un regard subjectif, le regard de chacun des camarades de misères qui comptent sur lui pour qu’il se lance le premier, pour rendre possible ce qui sinon ne le serait pas, ce qui les sauvera.

Alors lentement il se lève, il hésite encore un peu, puis, comme un miracle de la volonté, par une phrase, un geste, il galvanise le reste de la troupe, et ils s’élancent tous, déjà vainqueurs.

**Merde ! Je m’étais mis tout seul dans cette situation-là**. Et sauf à décevoir, je n’avais plus le choix : il fallait que j’y aille, coûte que coûte… Et en bombant le torse, qui plus est.

## Les autres épisodes du feuilleton

![Photographie ancienne d’une boutique de literie parisienne, une famille posant sur le seuil](https://img.le-briand.fr/uploads/2026/10/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-4-sans-filigrane.jpg)

### Épisode 4

Faute de bureau, et parce qu’il cache encore sa situation à ses enfants, il remplit ses dossiers dans les cafés du quartier. Au Jean Bart, devenu « chez Thierry », ébénistes, tapissiers, comptable et avocat finissent par l’adopter. Pour la première fois de sa vie, il a des copains de bistrot.

[Lire l’épisode 4](https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-4/)

![Photographie ancienne : matelassiers cardant la laine dans une cour, devant des matelas à rayures](https://img.le-briand.fr/uploads/2020/03/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-5.jpg)

### Épisode 5

Reprendre une entreprise, ce n’est pas seulement faire un chèque. Stage obligatoire, registre des métiers, formulaires en cascade : en 1999, devenir patron tient du parcours du combattant. Fin novembre, à l’aube d’un nouveau millénaire, il s’apprête à bouleverser sa vie.

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![Photographie ancienne : une matelassière au travail dans une cour pavée, un matelas tendu sur son cadre](https://img.le-briand.fr/uploads/2026/10/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-6-sans-bord.jpg)

### Épisode 6

Tout est prêt pour le 1er janvier 2000, sauf le crédit, qui n’arrive pas. Le premier lundi de l’an 2000, il se retrouve à la tête d’un atelier clandestin. Et quand la banque change ses conditions au dernier moment, il réunit la somme en famille, en à peine plus de 24 heures.

[Lire l’épisode 6](https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-6/)

![Carte postale ancienne : matelassiers sur les quais de la Seine à Paris](https://img.le-briand.fr/uploads/2026/10/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-7-sans-filigrane.jpg)

### Épisode 7

Il avait posé sur le matelas de laine un regard d’ingénieur, séduit par l’ingéniosité des gestes. Un grand lit fabriqué pour sa femme et offert au pied du sapin lui révèle autre chose : ce métier fournit du bien-être. Seul aux commandes, il mesure tout ce qu’il lui reste à apprendre.

[Lire l’épisode 7](https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-7/)

![Photographie ancienne : matelassiers au travail dans une rue de Paris, près d’un tas de laine](https://img.le-briand.fr/uploads/2020/03/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-8.jpg)

### Épisode 8

Certains de ses clients tapissiers ont passé l’âge de la retraite et regrettent le faubourg grouillant de leur jeunesse. En les côtoyant, il découvre des artisans qui n’attendent pas la retraite, restent vifs et fêtent son arrivée comme celle d’un jeune. Mais, depuis, le moule s’est cassé.

[Lire l’épisode 8](https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-8/)

![Photographie ancienne : matelassiers au travail sur un quai de Paris, au pied d’un escalier de pierre, la laine étalée au sol](https://img.le-briand.fr/uploads/2020/03/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-1-1.jpg)

### Épisode 1

Raconter l’histoire de la maison Le Briand, fondée en 1880, et la sienne à la tête de l’atelier : Patrice Sébille s’y était engagé, sur le modèle des feuilletons de La Fabrique de l’Histoire. Restait à savoir par où commencer. Ce sera par un licenciement, en 1998.

[Lire l’épisode 1](https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-1/)

![Carte postale ancienne du passage Vandamme à Paris : un matelas posé sur des tréteaux devant une palissade](https://img.le-briand.fr/uploads/2020/03/matelassier-paris-histoire-musee-fabrication-matelas-laine-sommier-tapissier-episode-2.jpg)

### Épisode 2

Sans emploi, il prête main-forte à son frère, qui transforme un atelier du faubourg Saint-Antoine en appartement. À l’étage du dessous tourne à plein régime un matelassier rentable, promis pourtant à la fermeture faute de repreneur. Et si quelqu’un faisait quelque chose pour l’empêcher ?

[Lire l’épisode 2](https://le-briand.fr/musee/chronique-matelassier/episode-2/)

Ces premiers gestes maladroits de septembre 1999 se sont affermis depuis ; pour juger du chemin parcouru, nous vous invitons à :

[Nous contacter](https://le-briand.fr/contact-artisan-matelassier/)

[Nous rendre visite](https://le-briand.fr/adresse-artisan-matelassier/)

…et nous serons ravis de vous expliquer pourquoi, dans ce métier, la lenteur du début devient de la précision.
